Au printemps, les feuilles de mûrier entraient par paniers dans les maisons. Le magnanier et la magnanière élevaient les vers à soie, ces chenilles dont les cocons fournissaient la matière première d’une industrie importante dans le Vivarais et les Cévennes.
Élever le ver à soie
Le mot « magnan » désigne le ver à soie dans les parlers du Midi. L’élevage, appelé sériciculture, se pratiquait dans une magnanerie, bâtiment ou pièce aménagée pour accueillir les vers. Les chenilles du bombyx du mûrier se nourrissent de feuilles de mûrier : il fallait donc disposer de cette ressource au bon moment.
Le travail commençait par les œufs, traditionnellement désignés comme la « graine ». Après l’éclosion, les chenilles étaient nourries et surveillées pendant leur croissance. Leur appétit augmentait fortement : cueillir, transporter et distribuer les feuilles pouvait mobiliser plusieurs membres de la famille.
Des claies aux cocons
Les vers étaient répartis sur des claies. L’éleveur veillait à la propreté des supports, renouvelait la litière et surveillait l’ambiance du local. Quand les chenilles étaient prêtes à filer, on leur offrait des supports sur lesquels elles pouvaient former leur cocon : c’était l’encabanage.
La récolte des cocons clôturait une étape de la production. L’élevage ne doit pas être confondu avec la filature qui extrait et réunit les filaments, ni avec le moulinage qui prépare le fil par torsion.
Une activité familiale fragile
La sériciculture pouvait apporter un revenu complémentaire aux exploitations rurales. Elle demandait toutefois beaucoup de soins sur une période resserrée, et les maladies pouvaient compromettre la récolte. Au XIXe siècle, les crises sanitaires, dont la pébrine, ont profondément touché les régions productrices.
Dans les archives de nos ancêtres
Un cultivateur pouvait élever des vers à soie sans que cette activité soit indiquée dans chaque acte. Inventaires, baux et actes de propriété peuvent mentionner mûriers, claies ou magnaneries. Il faut distinguer ces indices matériels d’une preuve d’exercice personnel du métier.
Pour les familles du Vivarais, la recherche éclaire ainsi un travail souvent partagé et parfois peu visible dans les intitulés professionnels féminins.
Pour découvrir cet élevage : Musée vivant du ver à soie de Lagorce et Musée de la Soie de Saint-Hippolyte-du-Fort.
