… et leurs fonctions de mayeurs, censiers et échevins.
(Article réalisé pour le ChallengeAZ 2026 de Geneatech)
MOULIN, MOLIN, DU MOULIN ou DUMOULIN. Tous ces noms ont traversé les époques pour désigner un même métier à l’origine celui de meunier. Le nom pointe toujours la même chose mais peut désigner celui qui travaille dans un moulin ou celui qui habite dans où près d’un moulin.
C’est aussi le nom de mes ancêtres qui tirent leurs origines de Belgique. Non, ils ne sont pas belges car à l’époque où ils y habitaient, la Belgique n’existait pas. C’était une terre qui appartenait aux espagnols, les Pays-Bas espagnols.
Leurs origines sont d’abord précisément à Hellebecq, une section de la commune de Silly et ensuite Ormeignies, une section de la commune de Ath.

Notre plus ancien ancêtre est François DU MOLIN (1580-1649, né à Hellebecq vers 1580.
Il décède le 1er Novembre 1649 à Hellebecq. Un pierre tombale se trouve sur le mur d’enceinte du cimetière d’Hellebecq avec la mention suivante :
« Icy reposent les corps de François du Moulin en son vivant mayeur d’Hellebecq décédé le premier novembre 1649 et Isabeaux Barbievx sa femme laquelle décéda le 17 Octobre 1664. Priez pour leur âme ».
François était donc mayeur. Au XVIIIe siècle, le mayeur (ou maïeur) est un agent seigneurial, ancêtre direct de l’actuel maire, dont le rôle et le mode de désignation varient selon les régions (notamment dans le nord de la France, en Belgique ou dans l’Ancien Régime). Le mayeur n’est pas élu par les habitants. Il est le plus souvent nommé par le seigneur du lieu ou par le souverain pour administrer une localité et y faire respecter l’ordre et la justice.
Le mayeur présidait le tribunal local, appelé l’échevinage. Il y représentait les intérêts du seigneur. Fait important, il était qualifié de « justicier sans être juge » : il dirigeait les débats, actait les preuves (warde de loi) et réclamait la sentence, mais ce sont les échevins qui rendaient le jugement. Il veillait au maintien de l’ordre public, réglait les conflits de voisinage et poursuivait les délinquants. Il était aussi chargé de percevoir les taxes et droits seigneuriaux (comme la taille) auprès des habitants.
En milieu rural, le seigneur choisissait presque toujours le mayeur parmi les notables et les grands fermiers locaux (les censiers). Il n’était pas rare de retrouver sur les actes paroissiaux la double mention « censier et mayeur ».
Il épouse Isabeau BARBIEUX (1592-1664) vers 1610.
Son fils, François Marie DU MOULIN (1611-1694) et sa femme Barbe DESPRET (1622-1712) donneront naissance à sept enfants dont Pierre Paul Marie DUMOULIN (1666-1736) qui nait à Ormeignies avant 1666.

Le village d’Ormeignies peut s’enorgueillir d’une histoire très ancienne. Des agriculteurs du néolithique y avaient déjà élu domicile 4 000 ans avant notre ère. Quelques vestiges gallo-romains y ont également été mis au jour.
Primitivement le village d’Ormeignies était un alleu de l’église de Cambrai ; cette possession lui fut confirmée par le pape Lucius le 31 décembre 1181.

Il n’est pas possible jusqu’ici de déterminer comment le village d’Ormeignies est devenu la propriété de la famille de « LIGNE ». Tout ce que nous en savons c’est que, dans un partage à l’amiable fait après 1345 et avant 1356 entre Michel II DE LIGNE et ses oncles Guillaume, Nicolas et Robert, fils de Fastré II, Ormeignies échoit à Guillaume qui mourut en 1387.
Pierre Paul Marie DUMOULIN (1666-1736) est censier à Autreppe et échevin. Celui ci épouse Marie Madeleine FOUREZ (1691-1770) en 1711.
Au XVIIe siècle, dans les territoires qui forment aujourd’hui la Belgique (principalement les Pays-Bas espagnols et la Principauté de Liège), le censier désigne un gros fermier ou exploitant agricole qui loue une cense (une grande ferme seigneuriale ou monastique) en échange d’une redevance annuelle appelée le cens.
Contrairement aux simples ouvriers agricoles ou aux petits paysans, le censier occupe une place charnière et influente au sein de la société rurale de l’Ancien Régime, notamment dans des régions comme le Hainaut, la Flandre, le Brabant ou le Namurois.
Le censier n’est généralement pas propriétaire de ses terres, mais il possède un capital d’exploitation très important (chevaux, outils, bétail, semences). C’est l’élite du monde paysan. Il signe un bail à ferme (souvent de 3, 6 ou 9 ans) avec un grand propriétaire terrien : un noble, une abbaye ou un riche bourgeois des villes. La taille de son exploitation nécessite une main-d’œuvre importante. Le censier emploie des valets, des servantes, ainsi que des journaliers locaux pour les périodes de récolte. De par sa richesse, il fait partie de la « bourgeoisie rurale ». Les historiens les qualifient souvent de « coqs de village », car ils dominent économiquement la paysannerie locale.
Au XVIIe siècle, la frontière entre gestion économique et influence politique est mince. Le censier est un intermédiaire incontournable entre les seigneurs et le peuple.
Il n’est pas rare de voir les censiers occuper des fonctions administratives ou judiciaires locales, comme celle de mayeur (maire), d’échevin ou de receveur seigneurial. C’était le cas de Pierre Paul Marie DUMOULIN qui était aussi échevin.
Les familles de censiers se marient très souvent entre elles pour préserver ou agrandir les patrimoines agricoles, formant une véritable dynastie rurale locale.
Bien que privilégié par rapport aux petits paysans, le quotidien du censier au XVIIe siècle reste profondément marqué par l’instabilité de l’époque. Les Pays-Bas espagnols sont le champ de bataille de l’Europe (Guerre de Trente Ans, guerres de Louis XIV). Les fermes (censes) – souvent isolées et fortifiées – subissent de plein fouet les pillages, les incendies commis par les armées de passage, et les réquisitions de grains ou de bétail.
Ce siècle coïncide avec le « Petit Âge Glaciaire ». Des hivers exceptionnellement rigoureux et des étés pourris provoquent régulièrement de mauvaises récoltes, mettant en péril la rentabilité des censes et la capacité des fermiers à payer leur loyer seigneurial.
Il y avait 4 censes à Ormeignies, La Cense (ou Ferme) de Bétissart, Les Censes de la Rosière (La Grande et la Petite) et La Cense d’Autreppe (ou de la Motte).
1. À la cense de Bétissart
Au XVIIe siècle, cette importante cense (fief de la terre de Chièvres) voit s’entrecroiser des familles de la haute bourgeoisie rurale et de la petite noblesse qui en contrôlent l’exploitation ou y installent des sous-fermiers.
La famille Pollart : C’est le nom incontournable à Ormeignies. Installés dans le village depuis le XVIe siècle, ils étendent leur influence sur les plus grandes terres du coin avant d’être anoblis à la toute fin du siècle (1695). Des branches de la famille Pollart ont directement dirigé ou géré les revenus agricoles de Bétissart et d’Autreppe.
La famille Séjournet : Très implantée dans la région d’Ath et de Chièvres, cette famille de notables ruraux et de censiers apparaît régulièrement dans les « livres de raison » et les actes de propriété liés aux terres et aux dîmes de Bétissart à cette époque.
2. Aux censes de la Rosière (Grande et Petite)
Ces censes appartenaient à l’Abbaye de Cambron. Les moines cisterciens confiaient la gestion de leurs « granges » à de très gros laboureurs-censiers. Dans cette région d’Ath, la rotation de ces baux ecclésiastiques au XVIIe siècle était dominée par quelques familles spécifiques.
La famille Deltenre (ou Deltenre de la Rosière) : C’est une lignée classique de censiers du système de Cambron. On retrouve des membres de cette famille à la tête des terres de la Rosière sur plusieurs générations à cheval entre le XVIIe et le XVIIIe siècle.
La famille Dupont ou Wattier : Ces deux patronymes reviennent fréquemment dans les registres de l’entité d’Ath au XVIIe siècle pour la location des terres ecclésiastiques de Cambron. Ils représentent typiquement cette élite de « coqs de village » capable de fournir le lourd cheptel nécessaire à la Grande Rosière.

3. À la cense d’Autreppe (ou de la Motte)
Ce fief-lige était très lié aux seigneurs locaux, notamment la maison de Ligne (qui possédait la seigneurie principale d’Ormeignies), avant de passer dans le giron des Pollart.
La famille Mayeur (ou le Mayeur) : Plusieurs mentions de censiers portant ce nom (qui est aussi une fonction administrative) apparaissent dans les baux des terres d’Autreppe et des hameaux environnants au cours des crises du XVIIe siècle. Je pense que c’est cette cense que gérait nos ancêtres.
La famille Pottier : Autre dynastie de laboureurs du bloc Ormeignies-Blicquy, dont les membres louaient de larges parcelles (bonniers) rattachées à la cense d’Autreppe
Le patronyme DUMOULIN (parfois orthographié du Moulin ou De Moulin) est bel et bien ancré au cœur du hameau d’Autreppe à Ormeignies dès la fin du XVIIe siècle et tout au long du XVIIIe siècle. Les archives et les travaux de généalogie locale mettent en lumière une dynastie de laboureurs et de grands fermiers attachés à ces terres.
1. Les pionniers d’Autreppe (Fin du XVIIe siècle)
Julien DU MOULIN (décédé en 1684 à Autreppe) : C’est la mention la plus ancienne identifiée pour ce patronyme dans le hameau à cette époque. Il y décède à un âge estimé à 72 ans, marquant l’enracinement de sa lignée à Autreppe sous l’Ancien Régime.
Marie Anne Joachime Joseph DU MOULIN (née en 1658) : Les registres paroissiaux d’Ormeignies mentionnent explicitement sa naissance et son statut au sein d’une famille de censiers.
2. L’apogée des fermiers au XVIIIe siècle
Au cours du siècle suivant, la famille Dumoulin se structure comme l’un des piliers agricoles du hameau. L’organisation de la cense et de ses dépendances se transmet ou s’exploite en famille :
Philippe François Joseph DUMOULIN (1717-1759) né et décédé à Ormeignies, hameau d’Autreppe est le fils de Pierre Paul DUMOULIN (Voir plus haut) et mon ancêtre à la 8° génération. Laboureur d’envergure, il épouse en 1747 Marie Joseph CHOQUET (1725-1779) de Papignies. Les actes confirment que leurs sept enfants sont tous nés dans cette exploitation d’Autreppe, perpétuant le profil de « gros fermier » propre aux censiers de la région d’Ath.
Philippe François Joseph DUMOULIN (1749-1826) son fils portant le même prénom, bien que n’étant pas l’ainé, nait à Ormeignies en 1749 et épouse Marie Augustine COUVREUR (1754-1832) de Papignies en 1777. Il est ménager et détient ses propres terres. Né en 1749, il reprend le flambeau agricole sur le domaine familial avant que la Révolution française ne vienne profondément modifier le système des baux seigneuriaux.
Le cas des DUMOULIN à Autreppe illustre la complexité des terres de ce hameau. La cense d’Autreppe (ou de la Motte) était à l’origine un fief-lige dont les droits appartenaient aux seigneurs de Ligne, puis à la famille POLLART. Les DUMOULIN y ont officié comme grands exploitants (censiers ou gros cultivateurs indépendants louant de larges bonniers de terres). Leurs terres jouxtaient également les influences de l’Abbaye de Cambron.
Léopold Joseph DUMOULIN (1781-1861) né le 23 Janvier à Ormeignies épouse le 6 Août 1805 à Prémont (Aisne) Marie Louise BOITELLE (182-1818). Leurs enfants naîtront à Prémont (Aisne), Busigny (Nord) et Serain (Aisne).

Joseph Albert Léopold DUMOULIN leur fils (1812-1884) nait à Serain et épouse Anne Julie BRICOUT (1814-1909) en 1835.

Philomène DUMOULIN (1851-1939) leur fille nait à Bertry. Elle épouse en 1877 Bénoni COMIEN (1848-1937). Ainsi s’arrête le nom DUMOULIN de ma lignée.


