Conducteur, conductrice de mulets, de mules.

À l’origine, le terme muletier désignait cet homme fort et jovial qui passait sa vie sur les chemins avec sa couble de mules, soit une dizaine d’animaux.
Venant des pentes cévenoles du mont Mézenc au mont Lozère, les muletiers avaient une solide réputation pour passer les rivières infranchissables et les montagnes inaccessibles. A cette époque, les chemins muletiers sillonnaient le Vivarais et le Velay, reliant les vallées et les plateaux, les villages et les villes, les régions et les provinces.
Ces chemins muletiers, tracés sur les crêtes, suivaient les courbes du relief, évitaient les zones marécageuses, franchissaient les cols et les ponts. Ils étaient de véritables artères commerciales, empruntées par des convois de mulets chargés de marchandises diverses et variées. Ils témoignent encore aujourd’hui de l’histoire, de la culture et du patrimoine de ces territoires.
Les muletiers avaient des spécialités et des itinéraires bien définis. Certains transportaient du vin du Bas Vivarais et des rivages du Rhône vers les hauts plateaux auvergnats, où la vigne ne poussait pas. D’autres acheminaient du sel des salins de la Méditerranée et de la soie d’Aubenas vers St Etienne, la capitale de la manufacture. D’autres encore redescendaient du Puy-en-Velay des céréales, des légumineuses, de l’orge et des lentilles, cultivées sur les terres fertiles du Velay.
L’importance du commerce des muletiers du Puy est connue depuis le 16e siècle. Les muletiers en provenance du Puy étaient originaires de villages situés sur les flancs du Mézenc, du Monastier, Montpezat (en Vivarais) et Arlempdes. Ils formaient une corporation puissante et respectée, qui disposait de privilèges et de franchises. Ils étaient riches et prospères, comme en témoigne le prix d’un couple de mulets à l’époque : 500 livres, soit le prix d’un bel immeuble en ville.
Les mulets, issus du croisement entre une jument et un âne ou entre un cheval et une ânesse, et les muletiers étaient mis à contribution pour des causes nobles, comme par exemple lors de la lutte contre la famine en Velay en 1694, où de multiples convois ont été mis en place pour convoyer des céréales nécessaires depuis le Rhône.
Le varlet « second » du muletier, s’occupait des soins aux mulets, de la préparation des charges, de la surveillance du convoi. Il apprenait le métier en observant son maître, en écoutant ses conseils, en imitant ses gestes.
Le chef des mulets s’appelait le viegi : c’était le plus fort, le plus fier et le mieux harnaché. Il marchait en tête du convoi, guidant les autres mulets par son exemple. Puis venait le roulet : il portait un grelot gros comme un ballon, qui servait à avertir de l’arrivée du convoi, à éloigner les loups et rythmer la marche. Il était le plus joyeux, le plus bruyant. Au milieu, il y avait le bardot : le fruit du cheval et de l’âne, qui était stérile. Il portait le rambail : le pot de vin promis dans le pachel ou pacte, le contrat passé entre le muletier et le marchand. Il transportait aussi la ferrière : la boîte à outils, contenant le nécessaire pour réparer les harnais, les boutes, les souliers.
Les autres mulets étaient nommés selon leur qualité : le plus paisible était préposé à porter l’alte à son cou : une bouteille en verre revêtue de paille, permettant de boire pendant les pauses. Le plus rapide était chargé de porter les denrées périssables, comme le fromage, le beurre, les fruits. Le plus agile était affecté à porter les objets fragiles, comme la vaisselle, les verres, les miroirs.
Un mulet portait une charge de 168 litres de vin dans des boutes : des outres en peaux de bœuf, de vache ou parfois de chèvre. Les boutes étaient bien plus faciles à transporter sur le mulet que des tonneaux. Elles épousaient la forme du dos de l’animal, elles ne se cassaient pas, elles ne se renversaient pas. Elles étaient cousues avec du fil de chanvre et enduites de poix pour les rendre imperméables.
Le passage des muletiers dans les villages ou les hameaux, était toujours un événement, souvent même le seul ! Les muletiers annonçaient leur arrivée de loin grâce aux clochettes qui tintaient joyeusement, ce qui émerveillait les enfants, qui répétaient en chœur : balalin, balalan. Ils couraient à leur rencontre, espérant leur soutirer des friandises, des pièces, des histoires, ou même une balade sur les mulets. Les muletiers leur souriaient, leur lançaient des plaisanteries, leur chantaient des refrains, ou leur apprenaient des tours.
Dans les étapes où dormaient les muletiers, ils étaient les invités des propriétaires, qui les recevaient avec hospitalité. On leur servait des plats copieux, arrosés de vin du pays, on leur offrait du tabac, on leur prêtait des instruments de musique. On mangeait, on buvait, on dansait la bourrée, on se racontait des nouvelles, des potins, des légendes. Puis les muletiers dormaient tout habillés dans le foin, après avoir soigné et nourri leurs bêtes. Le lendemain matin, ils chargeaient les bêtes et repartaient, salués par les villageois reconnaissants.